Sète n’en finit pas d’être une source d’inspiration ! Elle est une muse pour les artistes, pour le 7e art, pour les porteurs de projets, pour  la musique électro et le jazz,  le street art et le hip hop… Cette campagne « Sète Ma Muse » est portée par six personnalités du monde artistique. Une campagne inédite en France, à l’image de la politique culturelle de la ville, aussi singulière qu’éclectique, aussi audacieuse que modeste, aussi  populaire que pointue ! Ils s’appellent Agnès Varda, Robert Combas, Abdellatif Kechiche, Gilles Peterson, Hervé Di Rosa et Demi Portion. Ils écrivent les plus belles pages du cinéma français, de l’art contemporain, du hip hop et de la scène électro mondiale. Ils ont tous un lien indéfectible avec la ville et ont accepté d’associer leur visage à l’image de Sète.  Comme un hommage à leur Muse.

 

Agnès Varda

Agnès Varda, née en Belgique d’un père grec et d’une mère Française, est la plus Sétoise des grandes réalisatrices françaises ! La cinéaste a tourné son premier film à la Pointe Courte en 1955 avec les acteurs du TNP Philippe Noiret et Sylvia Montfort. On considère aujourd'hui que le film dans lequel de nombreux Sétois ont fait une apparition a inspiré la Nouvelle vague. En 2015, elle était la première femme réalisatrice à recevoir une palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière au 68e Festival de Cannes. Il y a forcément un peu de Sète dans cette palme tant la réalisatrice et plasticienne a puisé dans l'Île singulière pour nourrir ses créations. De La Pointe Courte aux Plages d'Agnès, en passant par La mer Etsetera, son parcours sétois a commencé en réalité dès 1940 sur un bateau amarré face au palais consulaire. Sa famille fuit la Belgique et la guerre, Agnès Varda a alors 12 ans et se lie d'amitié avec les filles Schlegel, qui habitent en face, sur le quai Pasteur. Dans les années 50, Agnès Varda part étudier la photo aux Beaux Arts à Paris. A Sète son amie Andrée Schlegel épouse un certain Jean Vilar. Le lien est fait. Varda devient photographe de plateau pour le Théâtre national populaire.

Aujourd’hui, Sète compte une école Agnès-Varda. Située aux Métairies, elle a été inaugurée en 2005 en présence de la réalisatrice. A la Pointe courte, la traverse Agnès-Varda va de la promenade Louis Vaillé au quai du Mistral.  On revoit régulièrement l’artiste flâner dans Sète quand ce n’est pas pour exposer. En 2009, au Centre régional d'art contemporain, l’exposition La mer Etsetera toute en images, vidéos et installations, évoquaient ses souvenirs et la mer dans tous ses états. Un an tout juste après la sortie de son autre film tourné dans l’île singulière et un demi-siècle après le tournage de La Pointe CourteLes plages d’Agnès, tourné en 2008, une autobiographie sensible et poétique, retrace le cours de sa vie de plage en plage à travers le monde et ancre sur la pellicule son attachement à la ville qui la ramène toujours sur le sable sétois.

 

Robert Combas

Robert  Combas trône aujourd’hui au sommet de l’art français. Consacré également à l’international, le plus Sétois des artistes contemporains est né le 25 mai 1957 à Lyon. Résident depuis 35 ans à Paris, le plasticien garde sur son île singulière, les racines vives. D’ailleurs, en 2013, il y a acquis une maison... Avec un atelier indépendant  dans le jardin. « C’est la première fois que nous ne vivons pas dans les peintures de Robert », s’amuse Geneviève, son épouse.  Visiblement, le quinquagénaire apprécie de renouer avec sa ville d'enfance. Car « les gens de Sète parlent fort... Avec une manière particulière, un argot dur et inventif qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, et c’est cette manière-là que j’ai retranscrite dans ma peinture », raconte-t-il.

Passé par l’école des Beaux-arts de Sète dans les années 70, il y a rencontré les frères Di Rosa avec qui il a initié le mouvement de la  « Figuration Libre ». Ces années passées à la Villa Erialc (la splendide demeure qui abrite les Beaux-Arts depuis 1969) ont été fondatrices pour l’artiste majeur qu’est devenu Robert Combas.  Sa peinture aux couleurs psychédéliques est faussement joyeuse et optimiste. Elle s’inspire du rock dont l’artiste-musicien est passionné, des images populaires, des livres d’enfance, des manuels scolaires de tout ce qui fait une culture populaire accessible à tous. A ces images de la vie quotidienne, le trublion punk y mêle tout azimut références historiques et mythologiques. Son œuvre est immense, explosive, dense et débridée. L’artiste qui vient de fêter ses 60 ans est un chaman perché hyperactif, il peint comme il parle et comme il joue de la guitare dans son groupe « Les sans pattes », tendu, explosif et brut… En charriant pour toujours l’accent chantant de Sète !

 

 

Abdellatif Kechiche

En 2006, le réalisateur franco-tunisien tombe sous le charme de Sète et passe plus d’un an sur l’île singulière. Des repérages au tournage de « La Graine et le Mulet », le cinéaste dépeint comme jamais la cité portuaire. C’est l’histoire de Slimane Beiji, ouvrier tunisien de 60 ans, divorcé, le dos cassé, tout juste licencié des chantiers navals. Sous l’impulsion de sa belle-fille (Hafsia Herzi), son rêve le plus fou semble à portée de main : ouvrir un bateau-restaurant et y servir le meilleur couscous au poisson. Mais les embûches administratives s’enchaînent, sur fond de tensions familiales. Une aventure contemporaine, sociale et ultra-réaliste bouleversante. Comme il en a l’habitude, Abdellatif Kechiche recrute localement et les figurants qui ont participé au projet s’en souviennent encore.  Le bar-hôtel de l’Orient, tenu par la compagne de Slimane, se dresse toujours avec fierté sur le quai du même nom. Tout au long du tournage, le réalisateur a privilégié la proximité en intégrant de nombreux Sétois dans la figuration et sur la partie technique. A l’arrivée, c’est presque tout le quartier de l’île de Thau qui participe au projet. Encensé par la critique et multi-primé, le film consacre le cinéaste déjà récompensé pour son premier film l’Esquive.

« A Sète, je me suis senti bien dès mon arrivée. J’aime cette ville », déclare-t-il quelques mois après cette première aventure Sétoise. Depuis il est bien sûr revenu sur l’île singulière, terre inspiratrice. En 2016, il a tourné son nouveau long-métrage en forme de diptyque, Les Dés sont jetés/Prey for Jack , et a inauguré en tant que président d’honneur la première édition du SunSète Festival, dédié au cinéma.

 

Gilles Peterson

Voilà maintenant plus de 30 ans que ce Londonien natif de Caen arpente la planète, dispensant son groove derrière les platines du monde entier ou au micro de ses cultissimes émissions de radio à la BBC et depuis septembre 2016 sur sa propre radio éponyme en ligne, Worldwide FM :

« En tant que DJ, j’ai tourné sur tous les grands festivals de la planète et j’ai toujours senti que les festivals étaient soit forts pour le live, soit pour les DJs mais jamais pour les deux ensemble. Et c’est ce que je voulais faire avec le Worldwide Festival : un endroit où et les musiciens, et les DJs, y seraient heureux. Le Worldwide Festival, c’est aussi un endroit où on peut amener à se rencontrer tous les amateurs de dance-music, quelle que soit leur nationalité. En prime, Sète est tellement différente des autres villes du bord de mer et la scène du Théâtre de la mer est la plus belle du monde ! », lance le quinquagénaire qui n’a rien perdu de son enthousiasme à l’approche de la 12e édition du festival. « Moi, ça m'a pris quelques années pour comprendre la culture sétoise, et plus je rentrais dedans, plus j'étais heureux. Un matin, à la boulangerie, pour les croissants, la dame m'a reconnu et m'a dit : « Mais c'est Peterson ! Merci, vous nous faites beaucoup de bien » et elle m'a donné un énorme gâteau aux pommes. Là, je me suis dit : les gens sont heureux que l'on soit là. Sète était une ville que je ne connaissais pas du tout et il y a quelque chose qui m'attire, et ce n'est pas seulement la beauté mais aussi la manière dont les gens sont. Je rencontre des Sétois partout dans le monde, des artistes ou autres, c'est incroyable, ils sont fiers d'être de cette ville et moi j'ai l'impression de faire partie un petit peu de cette famille. »


 

Hervé Di Rosa

Hervé Di Rosa naît à Sète en 1959. Son père est d’origine italienne et sa mère d’origine espagnole. Passionné de bandes dessinées, il en dessine toute son enfance. Et surtout les mercredis et les samedis, il suit les cours de dessin aux Beaux-Arts de Sète… A l’âge de 7 ans, il obtient déjà le premier prix de dessin de l’école. A l’époque dirigée par Eliane Beaupuy-Manciet, l’école est une véritable pépinière en effervescence permanente. Là-bas, Hervé Di Rosa rencontre Robert Combas et d’autres trublions punks : Louis Jammes, et un peu plus tard les Yaros (André Cervera, Aldo et Stéphan Biascamano, Tino Cossentino), entre autres. La directrice a permis d’allumer le feu sacré de ses élèves, de canaliser leur fougue et leur énergie dans la peinture et le dessin, d’en faire des artistes libres.  Plus tard dans les années 80, Hervé Di Rosa et sa bande ont participé au renouveau de la peinture avec la « Figuration libre ». Un nom trouvé par leur ami Ben Vautier : « Figuration libre : 30% de provocation anticulturelle, 30% d’art brut et 10% de folie ».

Di Rosa, devenu artiste-explorateur a nourri sa peinture des techniques rencontrées au Bénin, en Ethiopie, au Vietnam ou en Haïti. Il a vécu à Paris, à Mexico, à Miami mais toujours il revient dans son île singulière. En 2000, il y cofonde avec Bernard Belluc le MIAM (Musée international des arts modestes) où il tisse des liens entre des œuvres et des objets du monde entier, du quotidien et de l’art contemporain, de grands noms et des artistes à la signature plus confidentielle. Les « arts modestes », c’est un éventail d’objets et d’œuvres qui dépassent les notions de bon ou de mauvais goût. Un lieu de défense de la création contemporaine unique aujourd’hui sur la scène arty internationale. «  Beaucoup d’artistes contemporains puisent dans la culture populaire, mais ne montrent jamais leur sources », regrette Di Rosa. Lui, si. Il en fait même un état d’esprit plus qu'un mouvement ou un genre. « Le MIAM a un regard différent sur l'Art ». Un regard singulier pour une île singulière donc !


 

Demi Portion

Enfant de Sète, Rachid, de son vrai nom, grandit dans une des seules cités de la ville, l’île de Thau. Dès 1996, il brûle les scènes de l’île singulière avec un groupe déjà baptisé Les Demi Portions. Plus tard, on le retrouve dans le groupe Les Grandes Gueules avec qui il gravit lentement mais sûrement les marches et s’installe durablement dans le rap grâce à sa voix si reconnaissable, son flow légèrement agrémenté d’un accent sudiste et surtout une écriture fine et des paroles fortes guidées par son vécu.

En 2016, c’est sur un coup de tête que le jeune rappeur balance une idée de festival hip hop sur facebook . Dès le lendemain : 27 000 personnes répondent à l’appel sur le réseau, des soutiens tous azimuts… A l’arrivée la première édition du Demi festival a fait exploser les compteurs et les records : 4 500 places sold-out en 7 minutes ! Et pas n’importe lesquels parmi les quelques 27 groupes ayant répondu présent : Kerry James, Aketo (sniper), Don Choa (Fonky Family), les vétérans de Skred Connexion, le duo Arsenik…   Dans la foulée en 2017, la carrière du trentenaire décolle doucement mais sûrement et il est sur tous les fronts en assurant la promo de son 4e album solo « 2 Chez Moi » sur les scènes de l’Hexagone. L’album, qui fait partie des plus grosses ventes hip hop en 2016, revendique un rap « fait Maison » et des collaborations avec les plus  grands noms du rap français comme Oxmo Puccino et Kery James, présents également sur l’édition 2017 du Demi festival. Les Sages Poètes de la rue sont aussi annoncés et pour sûr, les invités surprise et featurings ne manqueront pas de faire du bruit. D’ailleurs, les amateurs de la France entière ne s’y trompent pas : dès l’ouverture de la billetterie le 21 mai dernier, ils ont battu leur propre record en raflant  les places des 3 soirées prévues au Théâtre de la Mer… en 2 minutes chrono ! Avec ses textes, ses albums, ses clips tournés en ville « 2 Chez Moi », et le succès de son Demi festival, le rappeur prodige devient sans doute le meilleur ambassadeur de la jeune génération de l’île singulière. Et pas qu’à moitié…